Double dose pour la documenta 14

documenta kassel art contemporain

L’année 2017 signe le retour de la documenta de Kassel, événement incontournable de l’art contemporain ! Pour sa 14e édition, l’exposition quinquennale s’établit dans la capitale grecque en plus de sa ville allemande d’origine, Cassel. L’inauguration alternée des deux phases, chacune d’une durée respective de cent jours, le 8 avril à Athènes (jusqu’au 16 juillet) et récemment le 10 juin à Cassel (jusqu’au 17 septembre 2017), permet de faire durer un peu plus longtemps l’aventure artistique proposée.

Présentation de la documenta

La première édition de la documenta de Kassel date de 1955, sous la direction du conservateur, designer et peintre Arnold Bode. Dans le contexte historique de l’Allemagne d’après-guerre, la volonté des organisateurs fut de dresser un bilan de la création artistique, dans l’espoir de réconcilier le commun des mortels avec l’art moderne, tout en faisant la promotion de l’abstraction. Résolument audacieuse, l’exposition s’est depuis développée autour de ses aspirations de nouveauté et de changement. La scénographie novatrice et le discours critique et didactique générateurs des précédentes expositions ont définitivement ancré celle-ci comme un rendez-vous majeur de l’art contemporain.

Retour sur cette 14e édition de la documenta

La documenta 14 en chiffre :

35 lieux à Kassel

47 lieux à Athènes

160 artistes internationaux

34 millions de budget

plus d’un million de visiteurs attendus

La documenta 14 ne se refuse rien !

Le coeur des villes et leur périphérie ont été mis à contribution, créant un véritable dialogue entre les espaces urbains et les institutions. L’art se veut être présent partout pour cette documenta 14 ! Un calendrier quotidien permet aux visiteurs de suivre l’actualité, attendez-vous donc à un programme riche en découvertes artistiques, performances et rencontres. L’ensemble est orchestré par Adam Szymczyk, conservateur en chef de la Kunsthalle de Bâle en Suisse, et ses équipes ! Nominé en 2013 en tant que directeur artistique de cette 14e édition, il succède à Carolyn Christov-Bakargiev à la tête de ce chantier artistique. Selon Koyo Kouoh, représentant du comité de recrutement de l’exposition :

« Adam Szymczyk défend le parti d’une étroite coopération avec les artistes. Ses projets sont motivés par une insatiable curiosité, mêlée à l’intégrité et à la recherche ».

En effet, personnalité du monde de l’art, Adam Szymczyk est reconnu comme un découvreur de talents et esprit investigateur de constant renouveau. Entre artistes reconnus et artistes émergents, toutes les attentes seront satisfaites !

Petite sélection d’expositions made by documenta à visiter dans les deux cités !

Chers visiteurs, armez-vous de courage et surtout de bonnes chaussures. Ouvrez grand les yeux dans ce dédale artistique !

En faisant un détour au Conservatoire d’Athènes, vous pouvez voir les œuvres de Akinbode Akinbiyi, photographe nigérien, dont la ville est son sujet de prédilection mais également celles de l’artiste iraquien Hiwa K qui présente une œuvre polymorphe, le tout mis en parallèle des musiques de Pauline Oliveros, accordéoniste et compositrice américaine décédée l’année dernière.

L’École des Beaux-Arts propose la mise en rapport de documents du sociologue et économiste suisse Lucius Burckhardt avec les œuvres multidisciplinaires de l’artiste australienne Bonita Ely et de l’artiste grec Angelo Plessas.

Arrêt obligé au Musée national d’archéologie dans l’exposition personnelle de Daniel Knorr, artiste conceptuel roumain ! Sa sculpture Expiration Movement a par ailleurs inauguré l’ouverture de la documenta 14 à Cassel. La fumée qui s’en dégage durera le temps de l’exposition à Athènes et à Cassel.

Daniel Knorr, « Zwehrenturm », 

La phase allemande de cette quatorzième édition est riche d’un programme d’exception ! La Neue Galerie (Neue Hauptpost) expose l’artiste pakistanais Rasheed Araeen et son œuvre conceptuelle avec les peintures de Gordon Hookey, artiste australien, et les photographies de l’allemand Ulrich Wüst.

La Neue Galerie présente un savant mélange de Gustave Courbet, de Samuel Beckett et de Gerhard Richter. Au Stadtmuseum, retrouvez une fois de plus Hiwa K avec l’artiste du body art guatémalienne Regina José Galindo et l’architecte grec Andreas Angelidakis.

Point névralgique de la documenta le Fridericianum accueille cette année, pour la première fois en Allemagne, une partie des collections du Musée National d’Art Contemporain d’Athènes (EMST) comprenant des artistes grecs et internationaux !

À signaler la qualité du site web de la documenta 14, où un calendrier quotidien permet aux visiteurs de suivre l’actualité. Répertoire des lieux, des artistes exposés avec une biographie de chacun d’entre eux et programmation en trois langues (allemand, anglais et grec) ! Vous serez guidé dans chaque étape de votre visite, n’oubliez pas de vous procurer le magazine de la documenta, réalisé en partenariat avec « South as a State of Mind », revue créée en 2012 par Marina Fodikis, dont quatre numéros sont édités ayant pour thématique la notion de langage dans son aspect polymorphe et polysémique.

La documenta 14, une exposition engagée ?

La documenta 14 est avant tout une expérience, elle se positionne en tant qu’événement historique. La manifestation à visée internationale, loin de n’être seulement qu’un lieu de réunion du monde de l’art, est en phase avec les problématiques réelles de notre temps, évaluant la pertinence et les résonances que peuvent avoir les documents historiques et les œuvres contemporaines.La valeur du document est primordiale pour cette quatorzième édition !

Les expositions proposées sont à la fois collectives et personnelles et il est clairement affiché une volonté d’hétérogénéité sur fond d’un dialogue entre les arts et les lettres ! L’intrication de ces deux domaines est une jauge des divers positionnements que les artistes peuvent prendre vis à vis des enjeux contemporains. Les thématiques soulevées par les œuvres attestent d’une Europe scindée entre le Nord et le Sud. La ligne diagonale tracée entre les deux pays est l’axe privilégié de circulation des populations immigrées désirant se rendre en Allemagne. L’œuvre de l’artiste Hiwa K l’explicite par la mise en scène de tuyaux d’égouts géants dans lesquels sont aménagés un lieu de vie, image des conditions de survie de ces populations en exil devant dormir dedans.

Quelle position la documenta 14 nous invite-t-elle à prendre ? Celle de la chouette servant de logo à l’édition, c’est-à-dire un regard en biais. Le choix de la Grèce n’est pas anodin, bien au contraire. Le titre de l’exposition l’explicite « Learning from Athens » : « Apprendre d’Athènes ». Ce décentrement est stratégique ! La rupture vise « l’unicité » de lieu pour Adam Szymczyk. Elle permet de reconsidérer les conflits économiques et géographiques, dont l’Europe actuelle doit faire face, au regard de ceux qui ont affligé le pays encore en crise actuellement. Cette année, la dimension politique est plus que présente, voire même revendiquée.

Le curateur des programmes publics, le philosophe et l’activiste Paul B. Preciado a notamment, sept mois avant l’ouverture de la documenta à Athènes, mis en place son « Parlement des Corps » examinant les rapports entre art et politique, de leurs formations à leurs déformations. En lien, Preciado a également élaboré les « 34 exercices de la liberté » avec une proposition de débat et échange entre artistes, activistes et critiques. La programmation tente de réveiller un « activisme culturel » !

À voir !

Sur la Friedrichsplatz, lieu des autodafés sous le régime nazi, l’artiste argentine Marta Minujín  y a érigé un « Parthénon de livres » respectant les dimensions du monument historique. La construction regroupe environ 100 000 ouvrages ayant été interdits ou censurés à diverses époques, enfermés dans du plastique. L’œuvre est une reprise de celle que Minujín avait réalisée en 1983 en Argentine à la chute de la démocratie. Un lien sur le site de la documenta vous permet de faire don de vos livres jadis censurés !

Au Fridericianum, en plus des collections du EMST, soyez patients et attendez de pouvoir accéder au toit du musée où l’œuvre en drapé brisé de l’artiste grec Costas Varotsos vous attend !

L’œuvre-performance d’Ibrahim Mahama originaire du Ghana « Check Point Prosfygika.1934-2034. 2016-2017, réalisée à Athènes dans le Syntagma Square. Elle se compose d’un amas de sac de charbon où chaque marque apposée sur chaque sac équivaut au fil de la narration d’une histoire du commerce international !

La pyramide vivante – Living Pyramides – d’Agnes Denes, d’une dimension de 9 x 9 mètres, en constant changement, rend compte des rapports entre humanité et nature. Elle est située sur la Nordstadtpark de Cassel. C’est une oeuvre participative, tout le monde pouvant y planter ce qu’il désire !

L’obélisque d’Olu Oguibe, sur la Königsplatz à Cassel ! D’une hauteur de 16,20 mètres, c’est un monument dressé en hommage aux réfugiés et aux immigrants.

La documenta 14 sur les réseaux sociaux

La communication digitale de l’exposition quinquennale est bien établie sur les réseaux sociaux : Facebook, Twitter et Instagram. Elle se base sur le relais d’informations quotidiennes des évènements ! Cependant, l’implication est plus importante sur Instagram où les posts sont dédiés à la programmation mais également aux reposts, les mentions #documenta14 y vont bon train ! Assis sur les marches, devant, en couple ou seul, prise de vue large, sans conteste c’est le « Panthéon de livres » de Marta Minujín qui mobilise le plus les instagrammeurs !

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ANTIDORON The EMST Collection presents a selection of the EMST National Museum of Contemporary Art, Athens’ permanent collection in the Fridericianum, the birthplace of documenta and the first public museum in Europe. It negotiates concepts such as sharing, offering Antidoron (αντίδωρον, literally the return of a gift) or Antidanion (αντιδάνειo, the return of a loan either linguistic, cultural, or nancial). The prefix “anti” reveals a distinct position and consequently a view, not necessarily opposed to, but departing from a different point in order to communicate, to argue, to bridge, to converge, and to accept each others’ stances. Stephen Antonakos: *Remembrance* (1987–89) Work includes: Untitled (For My Brother Peter) (1987) Neon and gold foil on wood 91.6 × 91.6 × 8 cm Photos: Nils Klinger

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Par Diane Der Markarian

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