La 57ème Biennale de Venise, le festin de l’art

Amis gloutons d’œuvres d’art et autres gourmands de films, de performances et d’expositions en tous genres, à vos couverts ! Du 13 mai au 26 novembre se déroule la 57ème édition de la Biennale de Venise. Des dizaines de milliers d’amateurs affamés d’art se donnent rendez-vous sur les bords de la lagune pour s’offrir une dégustation créative du plus haut niveau international… Embarquement immédiat à grand renfort de plaisir et d’émotion, à destination du plus grand festin de l’année.

De l’art qui pique au menu

 « Viva arte, viva ! » Tel est le titre du programme concocté par la commissaire générale Christine Macel pour cette 57ème édition de la Biennale de Venise. Une devise au goût subtil et raffiné pour une biennale trois étoiles, à la fois poétique et humaniste mais aussi teintée d’un esprit de rébellion assumé… Car l’orientation est consciente et ne doit rien au hasard. Christine Macel, qui en est l’auteur, est reconnue de longue date pour son dynamisme et pour son engagement dans le monde de l’art.

Après avoir commencé sa carrière à la Direction des arts plastiques au ministère de la Culture, elle a dirigé le Printemps de Cahors en 1999 et 2000, avant de devenir conservatrice en chef au Centre Georges Pompidou. On lui doit notamment la création du fameux « Espace 315 », lieu dédié aux artistes contemporains émergents.

57 ans après l’historien Jean Clair, Christine Macel devient ainsi la deuxième française à accéder au commissariat général de la Biennale. Un poste prestigieux à haute valeur symbolique, en vertu duquel celle-ci aura pris soin d’élaborer le meilleur programme possible pour tous les amateurs d’art affluant en masse vers la Sérénissime.

Une exposition centrale en plat de résistance

Dans le Pavillon central des Giardini, Christine Macel propose donc l’exposition « Viva arte viva ! ». Celle-ci réunit 120 artistes invités à réfléchir sur l’œuvre d’art comme un acte d’opposition, d’émancipation et de générosité. De quoi aiguiser les appétits des peintres, sculpteurs, performeurs et autres photographes conviés à travailler sur l’événement.

Les saveurs seront éparses et dispersées en plusieurs pavillons « transthématiques » aux noms adroitement saupoudrés d’une touche de rêve : pavillon des Artistes, pavillon des Joies et des Peurs, pavillon du Commun, pavillon de la Terre, pavillon des Traditions, pavillon des Shamans, pavillon Dionysiaque, pavillon des Couleurs et encore pavillon du Temps et de l’Infini…

Autant d’univers poétiques grâce auxquels il sera possible de se délecter des œuvres de l’Allemand Franz Erhard Walter, élu Lion d’or de l’exposition, de celles du brésilien Ernesto Neto, ou encore de celles de l’écossaise Karla Black.

Tout autour du pavillon central, les 29 pavillons nationaux historiques, les plus prestigieux de la Biennale, présenteront eux aussi un bel échantillon de créations locales à ne pas rater.

En entrant dans le pavillon allemand, les fines bouches pourront ainsi se laisser aller à goûter la saveur crue de la performance d’Anne Imhof, « Faust ». Celle-ci a raflé le Lion d’or de la meilleure artiste cette année. La mise en scène invite le spectateur à marcher sur un sol de verre transparent sous lequel sont enfermés des gens, dans un espace gardé par d’inquiétants dobermans… Une vision hors-normes au ton diantrement postapocalyptique ; à moins peut-être qu’il ne s’agisse là d’une satire très actuelle.

Les autres pavillons, de leur côté, ne seront pas en reste. La Roumanie présentera une exquise exposition monographique consacrée à l’artiste surréaliste Geta Brătescu, tandis que le pavillon des États-Unis proposera une copieuse présentation de l’artiste abstrait Mark Bradford. Le menu proposé par les finlandais ne sera pas moins mauvais, grâce aux créations typées d’Erkka Nissinen et de Nathaniel Mellors. Espagnols et Estoniens préfèreront pour leur part s’ouvrir au mélange des saveurs commun aux expositions collectives…

Comme pour chaque édition, c’est donc un riche programme de réjouissances artistiques que proposent les organisateurs de la Biennale de Venise, prompt à combler tous les amateurs du genre.

Un coq français sauce aigre-douce

Hé oui… Côté français, c’est un peu la soupe à la grimace cette année. Car si les artistes allemands ont raflé les meilleures récompenses, en ce qui nous concerne, il faudra repasser pour une éventuelle distinction.

Ce n’est pourtant pas faute d’avoir mis en place un beau projet artistique, le « Studio Venezia », proposé par l’artiste Xavier Veilhant.

Dans un décor tout en bois et en tissu rappelant l’ambiance d’un studio d’enregistrement, le créateur français invite une centaine de musiciens à venir tester leurs recettes personnelles sur des instruments disposés dans l’espace, entourés d’amplis, de micros et autres tablettes de mixage…

L’idée est d’inviter les artistes à créer, l’espace de quelques heures, dans un état d’esprit dénué de tout présupposé esthétique. Xavier Veilhant déclare vouloir capter l’essence fugace d’une musique encore non ordonnée, libre du cadre des justes tempéraments.

« Le pavillon opère une fusion entre arts visuels et musique, commente-t-il, ravivant des références allant du Bauhaus aux expériences du Black Mountain College en passant par Station to Station de Doug Aitken. »

Tout plein de rab pour les gourmands

Les visites du pavillon central et des pavillons nationaux ne vous suffisent pas ? Vous errez encore à Venise l’estomac creusé par votre insatiable appétit de l’art, et en dépit de tous vos efforts, vous avez encore l’impression de n’avoir dégusté que de simples amuse-bouches ?

Pas de panique. Car sachez que pendant la Biennale de Venise, il y a de l’art à volonté partout et pour tous, de l’art dans la ville, de l’art sur les murs, de l’art sur les toits, de l’art dans les airs et même de l’art dans l’eau, à l’image de ces étranges mains géantes émergeant de la lagune, signées Lorenzo Quinn

Photo de l’oeuvre « Support » de Lorenzo Quinn installée sur la façade du Ca’ Sagredo Hotel  (photo : Jean-Pierre Dalbéra)

Il est donc vivement conseillé de se resservir plutôt deux fois qu’une, non seulement dans les Giardini, mais également dans les fondations, les musées, les galeries, les monastères et autres espaces culturels divers et variés qu’abrite la Sérénissime…

Dans les nombreuses « Ca’ » et les palais bâtis en bord de lagune, d’autres pavillons nationaux plus modestes, hébergés le temps de la foire, vous permettront ainsi d’enchaîner sur des expositions parfois très originales. Celles-ci vous feront découvrir les courants artistiques en vogue dans des pays souvent méconnus comme les îles Antigua-et-Barbuda, l’Arménie ou encore Kiribati. Où vous pourrez apprécier en toute volupté les créations exotiques de Frank Walter, de Rafael Megall, de MiroPersolja, de Cesar Barrios, d’Erminio Tansini, et de bien d’autres encore…

Et pour ceux qui, après tout cela auraient encore la force de continuer, il sera toujours possible d’aller voir du côté de Damien Hirst au Palazzo Grassi (fondation Pinault), de Gilles Delmas au Palazzo Fortuny, ou encore d’Adriano Merengo au Palazzo Franchetti… De quoi sortir de là repu d’art pour deux bonnes années au moins, en attendant la prochaine édition de la Biennale de Venise.

Que dire de plus, pour conclure cette brève présentation ? Sinon que tout ce que vous aurez pu y lire n’est qu’un bref aperçu de ce que vous y découvrirez au fil des rues et des canaux… Soyez donc rassurés : vous repartirez le ventre plein. Dans la lagune cette année, il y en aura pour tous les goûts. Et pour tous les appétits.

Anne Imhof, Pavillon allemand de la Biennale de Venise 2017

Roberto Cuoghi, Pavillon italien de la Biennale de Venise 2017 (photo : Dage – Looking For Europe)

Erwin Wurm, Pavillon autrichien de la Biennale de Venise 2017

Erwin Wurm (photo : Jean-Pierre Dalbéra)

The Mending Project (photo : Jean-Pierre Dalbéra)

Elvin Nabizade (photo : Jean-Pierre Dalbéra)

Nicolas Laurent

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